La donnée c'est l'or d'aujourd'hui

L’information est la véritable matière première des organisations humaines. Quelqu’en soit sa forme, une organisation humaine est avant tout un "biotope" dans lequel circule des informations et dans lequel sont produites des données, c'est à dire des informations structurées. Par essence, nos sociétés produisent donc des données. Mais qu'elle en est la valeur?Vos photos de vacance, de chatons et de chiots, ou de plats mijotés ont-elles vraiment une valeur?

L’information en tant que constituant de tout système

L’information est au coeur des interactions entre les êtres. Aussi petit qu’il soit, chaque être reçoit et transmet de l’information. Comme la matière, l'information se stocke. Comme les ondes, elle se propage. Pourtant selon la perception commune “l'information n’est pas” ! On ne peut pas l’extraire de la matière avec un accélérateur de particules, on ne peut pas en observer les propriétés physiques au sens strict du terme. Elle "est", existe vraiment à nos yeux, une fois déposée sur un support, lorsqu'elle passe du statut d'information à celui de donnée.Cependant, l'information est au coeur du vivant. Certains avancent même qu’elle serait au coeur de la naissance de l’Univers tout entier. Si c’était le cas, l'information rejoindrait donc d’autres notions physiques qui sont au centre de questions scientifiques complexes et qui restent très mystérieuses : le Temps et la Lumière.

Pas de support, pas de valeur

Avec le vivant, l'information est structurée par l'ADN. Une nouvelle science, l'épigénétique, cherche d'autres supports pour certaines informations qui ne semble pas être directement codées sur l'ADN. C'est d'ailleurs la preuve qu'aujourd'hui on ne peut concevoir qu'une information soit exploitable si elle n'a aucun support.  

Dans la famille humaine, la transmission de l’information par les individus est un processus qui a subi de très nombreuses modifications. Mais on peut dire que l’invention de l’écriture a particulièrement accéléré le développement de l’espèce. Le savoir pouvait être transmis d’une génération à une autre attendant qu’un individu puisse l’utiliser pour faire progresser les intérêts du groupe.

Avant cette invention, la transmission n’était qu’orale et souvent chantée. Or la transmission orale a des limites. Son support est la mémoire humaine qui est particulièrement faillible.

Pour le démontrer, prenons les villes de Pompéï et d’Herculanum, ensevelies sous les cendres du Vésuve. Ses habitants n'avaient pas compris l'importance des signes annonciateurs de l’éruption, et notamment l’augmentation de la fréquence des tremblements de terre dans la région. Les Romains ignorant tout des volcans, ils ne pouvaient donc pas faire de liens entre les tremblements de terre et les éruptions volcaniques.

Pourtant, ce n’était pas la première fois que le Vésuve se réveillait. On a retrouvé, à quelques dizaines de kilométres de Pompéï, les vestiges d’un village datant de l'âge de bronze ayant lui aussi subi les assauts du volcan endormi. Mais après plus de 1500 ans, l’information s’était perdue, évanouie. Sans support pour la transmettre, cette information cruciale n’avait pas pu parvenir aux Romains qui en ont payé les conséquences.

Information et prospérité

Les sociétés humaines primitives n’avaient que peu d’objectifs à part celui de se reproduire : trouver à manger, répartir les tâches, partager et transmettre le savoir. La seule chose qui n’est pas changé depuis cette époque primitive dans le monde du travail c’est la durée du jour : 24 heures.

La productivité et la performance sont donc uniquement dues à une augmentation de ce qu’il est possible d’accomplir en un laps de temps donné ou à une réduction du temps consacré à une tâche obligatoire, libérant ainsi du temps pour de nouvelles tâches. Tous les gains et économies de temps qui ont été réalisés au cours des derniers siècles sont le produit de trois révolutions successives qui ont profondément changées le rapport des humains au temps : la Révolution Industrielle, la Révolution Agricole et la Révolution Numérique.

La première est due aux avancées techniques et mécaniques liées à l’utilisation d’énergies fossiles. La seconde est le fruit de la première à laquelle s’ajoute de grandes découvertes en chimie dont les engrais, les pesticides et les antibiotiques. La dernière s’appuient sur les deux premières en y ajoutant la découverte de l’électricité puis de toutes celles qui ont mené à l’émergence des technologies de l’information.

  • La première révolution a créé la notion de travailleur, en abolissant l’esclavage, mais en rendant l’humanité dépendante aux réseaux de distribution d’énergie.
  • La seconde a réduit le temps qu’il fallait consacrer pour se nourrir, créant les avantages de l’urbanité, mais rendant dépendant aux réseaux d’approvisionnement.
  • La dernière a réduit le temps et la complexité pour transférer de l’information, faisant de chaque acteur de cette révolution un manipulateur d’informations, et le rendant dépendant aux réseaux d’informations.

Le travailleur d’usine, l’agriculteur ou le directeur d’une entreprise sont aujourd’hui essentiellement des transmetteurs d’informations. Et, désormais, ils transmettent leurs informations soit vers une machine soit via une machine vers un autre individu. Le transfert d’information d’individu à individu reste important (de par sa charge émotionnelle notamment) mais il est moins crucial qu’autrefois.

Par contre, l'échange d'information entre machines est lui de plus en plus important, et il a de plus en plus de valeur.

L’information est un flux

Comme elles le font avec toutes les ressources primaires, les organisations humaines s’organisent spontanément autour des flux de manière à les utiliser pour survivre, se protéger, troquer et se reproduire. Cela fut le cas avec l'eau, les migrations animales, les routes commerciales et c'est le cas aujourd'hui avec les flux d'informations. Toutes les réactions créent de l’information. Or, les réactions impliquent très souvent du changement. Et le changement nécessite de l’énergie. 


L’énergie est par définition la marque de changement d’état d’un système. Quand le monde physique autour de nous change, quelque soit le changement, il y a de l’énergie qui est intervenu - Jean-Marc Jancovici

Plus il est facile de produire de l'énergie à faible coût, plus on peut faire de changement, plus on peut produire de l’information, plus on attire les organisations humaines. Ainsi les humains se concentrent depuis plus d'un siècle dans les villes, c'est à dire à proximité des sources d'electricité et des réseaux d'informations.

La détention ou la production d’information inédite/originale/exclusive est un avantage concurrentiel. Les individus cherchent à obtenir cet avantage pour créer des données : soit en captant mieux l'information (plus vite, plus précisément, en plus grande quantité etc.) soit en traitant mieux l'information (analyse de données, distinction des détails etc.), soit en innovant (agencement nouveaux, exploitation de correlation etc.).Dans tous les cas, le but est de produire des données qui procure un avantage à partir d'information collectées. 

La seule matière première ayant a ce point influencé l'humanité, c'est l'or. Tout comme l'or ne se trouve pas sous forme de lingot à l'état naturel, l'information requiert ce stockage et ce traitement qui produit la donnée. Mais les mécanismes d'autrefois sont bien là, et pour peu que vous gardiez ce parallèle en tête vous constaterez tout autour de vous que les données sont des biens très précieux. Les données comme l'or autrefois, et le pétrole aujourd'hui feront désormais l'objet d'enjeux politiques et de guerres et nous devrons tous apprendre à composer avec cette nouvelle valeur refuge.